Une aventure de 5500 km à travers l’Asie à pied et à vélo à la rencontre de scientifiques, d’ONG, et des populations locales sur les problèmes de la ressource en eau face au réchauffement climatique.
Cette dernière journée est étrange. Une semaine que nous marchons dans cette atmosphère. Nous avançons un peu à reculons, sans envie. La fatigue semble nous gagner et peut-être un peu, la peur de finir le voyage. Ca y est, on l’aperçoit: le lac Baïkal. Dix mois que nous marchons vers lui; trois ans presque que nous l’imaginons; et voilà que tout se termine. Si facilement, il s’approche. On ne peut plus reculer, ça y est, il est là.
Notre aventure russe sera brève. Dix jours de marche, quelques jours à Irkoutsk et nous sommes déjà dans ce fameux transsibérien. Moscou, Kiev, Berlin puis Paris. Une semaine de train et bus. Et enfin, la gare TGV de Vendôme qui arrive en quelques minutes.
Nos premiers instants en Russie se font en compagnie de contrebandiers mongols qui effectuent un va et vient incessant pour passer des vêtements vers la Russie. Les femmes que nous accompagnons enfilent sous une chaleur étouffante plus de quinze “hauts” et une petite dizaine de pantalons qu’elles scotchent autour de leurs jambes pour un aspect plus « naturel » sous le « pantalon final ». Leurs légères rondeurs aident à la supercherie qui ne semble pourtant officieusement tromper personne; les douaniers ont le regard bien furtif sur certains sacs et les gardes-frontière mettent plus de temps à laisser entrer Nicolas sur le territoire qu’il n’en faut pour tamponner les visas de 10 Mongols. Derrière la vitre du bus, nous découvrons les Russes. Mélange de peuples Bouriates originaires de la région et Russes venus de l’Ouest qui semblent sur leurs visages bien plus européens qu’asiatiques. En quelques kilomètres, tout est différent : l’architecture, les visages, les villes. Une frontière a été traversée.

En Russie, nous évoluons sur une route droite bordée de prairies verdoyantes où les enclos se multiplient pour faire paître vaches, chevaux et autres animaux à 4 pattes. Les prairies se transforment en forêts où des collines fleurissent pour laisser place à une belle chaîne de montagnes blanchie par les neiges encore présentes de l’hiver. Il fait chaud. Très chaud. La région est humide et la nouvelle chaleur de la semaine dernière a entraîné l’arrivée massive des moustiques. Ils sont là en pagaille, nous usant les nerfs. Chaque matin, nous partons tard, rallongeant les journées de marche dans la soirée. La fatigue de tout le voyage semble nous accabler sur ces derniers jours.
Le long de cette ligne droite, nous découvrons la conduite des Russes. Bien qu’elle soit complètement différente de celles des autres pays que nous avons traversés, elle n’en est pas moins dangereuse : les voitures qui nous dépassent avoisinent au bas mot les 120 km/h. Et comme à notre habitude, les remarques que nous faisons des automobilistes ne sont pas élogieuses. Mais ils n’en ont que faire puisque même la présence de la police dans leur voiture ne les fait pas lever le pied. Lorsque le 5 juin nous nous faisons arrêter parce que nos papiers ne sont pas tout à fait en règle, c’est à une allure folle qu’on nous emmène au commissariat passer quelques heures - leur laissant le temps de soupçonner Nicolas de terrorisme - et à plus de 160 km/h qu’on nous ramène sur place. Ici, l’essence ne coûte pas cher, et la journée de marche de la veille s’est transformée en 10 min de voiture.

On aurait pu rêver d’un endroit plus idyllique pour mettre fin à nos 3000 km de marche et 2500 km de vélo. Mais c’est comme ça. Le lac Baïkal que nous découvrons à Kultuk est bordé par quelques usines. Rien de bien féérique. Pas de chance, le lac compte seulement 4 zones industrielles le long de ses 3000 km de côtes. Les quelques 2800 km de côtes restant sont complètement sauvages, laissant les falaises semées de sapins se perdre dans cette immensité d’eau claire comme du cristal sur plusieurs mètres. D’ailleurs, ces paysages attirent les foules. Les touristes russes affluent sur les plages. Plutôt pour bronzer car la baignade y est difficile à cause des températures glaciales de l’eau. Dans ses ports, on peut goûter le fameux omoul, un salmonidé endémique du lac. Un délice. Ces espèces animales ne vivant nulle part ailleurs sont nombreuses dans la région car le lac est très ancien -près de 25 millions d’années- et a ainsi développé une faune et une flore à part entière. Une véritable mine de biodiversité.

Nous nous posons là, devant ce lac. Il est difficile de s’imaginer que ce que l’on a sous les yeux n’est qu’un lac. On aurait envie de s’y baigner mais la température de l’eau, fraîchement dégelée, est trop froide pour nous. Alors on s’assoit sur cette petite plage de sable grossier, côte à côte, et on regarde au loin, aussi loin que peut porter l’œil; là où l’horizon vient jouer avec les eaux pures de cette étendue d’eau ayant la taille d’une mer, et on se met à rêver, bercés par le clapotis des petites vaguelettes arrivant jusqu’à nous, jusqu’à ce que tout doucement, le soleil se cache derrière les montagnes de l’Ouest, colorant le ciel de teintes mauves se reflétant sur les eaux. Nous nous installons sur la plage pour la nuit. La dernière nuit de la Marche de l’eau.

Au réveil, le paysage est merveilleux : le Baïkal est nappé d’une couche épaisse de brume: la perle de Sibérie. Nous regrettons de ne pas avoir assez de temps pour en profiter …
Mais huit jours de train et de bus plus tard, c’est dans la joie que nous retrouvons nos amis et familles venus nous accueillir sur le quai de la gare, mettant fin à notre périple de dix mois à travers l’Asie.
Posted 1 year, 3 months ago at 19 h 36 min. Add a comment
Bulgan est en vue. Les milliers de toits multicolores de la petite ville des steppes nous enchantent, à encore deux bonnes heures de marche de celle-ci. Ce soir, nous pourrons - enfin - prendre une douche chaude et nous endormir sans craindre d’être réveillés par les petites tornades passant sur la tente.
Cela fait deux semaines que nous sommes partis d’Ulaan-Baatar et nous avons bien cru ne jamais pouvoir continuer notre marche. Nous partions traverser les steppes sans savoir si nous allions rencontrer régulièrement du monde. Il fallait donc partir avec suffisamment de nourriture pour tenir 4 ou 5 jours, de l’essence pour notre réchaud, et quelques litres d’eau. Seulement après deux jours de marche, nous nous sommes rendus à l’évidence : nous ne pouvions pas continuer ainsi, avec 33kg sur le dos pour de Nicolas, et 24 kg pour Laure.

Nous ne portions pas beaucoup moins avant de nous mettre au vélo, mais deux mois sur deux roues ont suffit à nous faire perdre toute une musculature acquise pendant nos 2000 premiers kilomètres de marche. Oui, mais que faire ? Prendre un bus ou taxi pour nous monter jusqu’au Lac Khovsgol ? Se délester de la moitié de nos sacs ? Hors de question ! Les steppes, c’est à pied qu’on veut les découvrir, et comment vider la moitié de nos sacs, comme ça, quand les nuits approchent encore les 10° sous le zéro ? La solution, nous l’avions bien en tête, mais non, ça ne marchera pas. Nous avions bien pensé à acheter un cheval pour porter nos sacs, mais l’hiver a été bien trop rude pour eux. Ceux qui ne sont pas morts de faim ou de froid n’ont plus que la peau sur les os, passant leur temps à brouter difficilement l’herbe complètement brûlée par la neige disparue seulement une semaine auparavant. Non, pas de cheval, mais 10 km avant de nous arrêter ce 2ème jour de marche, nous avions aperçu quelque chose dans le fossé. Laure se met à son carnet et dessine notre solution à la famille qui nous héberge ce jour-là. Cela les fait rire, beaucoup rire, et quand ont leur dit qu’on va aller le chercher, tout le monde est unanime : il n’y a rien à cet endroit-là. Mais si, puisqu’on l’a vu ! Nicolas, alors bien décidé à ce que l’on ne s’arrête pas là enfile sa deel, prend son bâton de marche, et part à la recherche du cadi. Il est vite rattrapé part un des hommes de la famille qui va faire le chemin avec lui. Il arrête un des nombreux taxi-van qui circulent dans la région et en route, non pas pour le fossé à 10 km de là, mais pour un des marchés noirs d’Ulaan-Baatar. Une fois sur place, en à peine 5 min ils réussissent à dégoter une petite carriole pour une modique somme d’argent, carriole répondant très rapidement au doux nom de « Saloperie ». Saloperie, encore un engin à deux roues avec qui nous savions que nous allions avoir des problèmes. Le lendemain, après quelques tentatives infructueuses, nous finissons par partir sous le regard amusé de nos hôtes. On nous regardait déjà bizarrement, alors là …

Il n’y a pas d’autre mot, c’est une véritable libération. Nicolas se décharge de 12 kg, et Laure de 8 kg. Enfin, nous avançons. Les deux précédentes journées de 11 et 15 km à la suite desquelles les vieilles blessures de Nicolas s’étaient réveillées se transforment en 31, 34, ou 38 km, et le vent de Sibérie contre lequel nous peinions à avancer devient supportable. Nous nous déplaçons de yourte en yourte dans ces paysages féériques pour demander notre chemin ou un abri pour la nuit. Plusieurs jours sont parfois nécessaires pour traverser une vallée dont on voit l’issue dès le premier coup d’œil. Les journées de marche sont très agréables et comme au Népal, nous nous évadons dans nos pensées : la fin du voyage qui approche, le retour, le prochain voyage. On a de quoi s’occuper !

Nos soirées sont tout aussi agréables. Tous les soirs, nous sommes sous la tente, que ce soit la yourte ou notre petite «2 places». Nous avons parfois un peu de mal à trouver la «bonne» piste à suivre, mais, dans les steppes, on est jamais vraiment perdu. Il y a toujours une yourte en vue où un nomade pourra nous dire, à l’aide de son bras, le cap à suivre.

Nous commençons même à avoir quelques habitudes dans ces steppes : nous mangeons le soir avec nos hôtes et le matin nous leur faisons partager notre petit-déjeuner (Saloperie nous permet de partir plus lourds), ils nous aident à mettre nos deels quand ils voient à quel point nous sommes empotés, et nous échangeons des bonjours amicaux aux véhicules qui passent de temps à autre sur la piste ; notamment à ces 5 camions de chantier que nous croisons et recroisons jour après jour et avec les chauffeurs desquels nous sentons qu’un respect mutuel s’installe. Nous, avançant lentement dans des paysages figés à allure d’homme et eux, faisant des allers-retours incessants entre la capitale et la mine qui les emploie, libérant d’énormes nuages de poussière à chaque passage.

Bulgan. Nous y restons deux jours de plus que prévu, et sommes emmenés au commissariat avant notre départ. Le litige ? Le pantalon de randonnée de Laure, perdu lors d’une lessive par l’hôtelière, affaire capitale qui ne peut visiblement se résoudre qu’en présence de la police …
7 jours plus tard, nous arrivons à Moron. Jamais durant ce voyage nous n’aurons entendu autant de chiens hurler à la mort la nuit que dans cette ville. Nous sommes à présent tellement rapides avec “Saloperie” que seulement 7 jours nous sont nécessaires pour parcourir les 350 km séparant les deux villes. Non mais attendez, vous vous rendez-compte, 7j pour 350 km ? 50 km par jour pendant 7 jours ??? Non, nous n’en sommes pas capables. Il nous a bien fallu 7 jours, mais près de 200 km de stop en vieux camion soviétique où l’on se serait cru dans une des premières éditions du Paris-Dakar, puis en taxi-van. La raison ? Encore Nicolas, fiévreux comme pas possible deux jours durant et ne pouvant plus tenir le rythme de la marche. Dans la crainte d’une nouvelle crise de palu, nous avons préféré rejoindre rapidement la ville suivante munie d’un hôpital. 3 jours de repos et d’automédication contre des parasites présents dans l’eau, et nous voilà repartis. Le Lac Khovsgol, on va y arriver. Nous devons y retrouver Mathilde et Gaspard, nos deux amis partis faire le voyage de leurs rêves dans l’Ouest Mongol. Au troisième jour de marche depuis Moron, Khatgal est en vue. Nous n’en pouvons plus. Il faut que l’on y arrive ce soir, on aura comme ça une chance de plus de croiser nos amis. Eux y sont depuis plusieurs jours, mais nous n’arrivons pas à communiquer. On leur a laissé la date à laquelle nous partirons du lac, on verra bien. Nous passons le poste de garde d’entrée du Lac, mais personne n’est là, on avance.

Quelques kilomètres plus loin, on aperçoit deux mongols qui nous donnent l’impression de courir vers nous. Non, ce n’est pas possible. Un mongol, ça ne cours pas. Un mongol, ça monte à cheval, ça monte à moto, mais non, ça ne court pas. Et puis on les distingue, un grand et un plus petit ; un avec une veste noire et l’autre avec une veste rouge. « Tu crois que c’est … Non, c’est pas possible. Si, c’est eux ! » Nos deux amis nous rejoignent. Ils nous disent qu’ils nous observent depuis 10 km aux jumelles, mais n’étaient pas sûrs d’eux. Un mongol, ça ne marche pas, donc c’était forcément nous. Oui, mais c’était quoi ce truc entre nous deux (Saloperie), et puis pourquoi on aurait porté des deels , manteaux traditionnels mongols ? Dès qu’ils nous ont reconnus, ils se sont mis à courir. Nous terminons notre journée de 44 km en leur compagnie sur les bords du Lac Khovsgol, allant se réchauffer sous la yourte d’une guesthouse, discutant au coin du poêle jusqu’au bout de la nuit.

Posted 1 year, 5 months ago at 18 h 30 min. 2 comments
Usés.
Plantés au milieu du désert, on se sent un peu ridicule avec nos larmes aux yeux quand, une nouvelle fois, nous venons à crever. Ce désert, on a vraiment l’impression qu’il ne veut pas qu’on le foule, qu’on y laisse notre sillage éphémère.

« Regarde Laure, il y a des maisons là-bas, on va pouvoir planter la tente à l’abri du vent. Le petit garage là, c’est parfait. » Nous avançons vers cet abri en poussant nos vélos luttant contre un chemin gelé et le vent glacial fouettant nos visages. Un chien aboie. Peu importe, ils aboient tous. « Nico, il y a 3 chiens qui arrivent par devant, et j’en ai vu 3 autres de l’autre côté du garage, qu’est-ce qu’on fait ? Prends tes bâtons, ca fera barrière. Merde, j’arrive pas à prendre de pierres, elles sont collées au sol par le gel ! » Les 6 chiens nous encerclent, aboient, et montrent les crocs. Nous ne sommes visiblement pas les bienvenus sur leur territoire. La tension redescend quand nous apercevons Souol sortir sur le pas de sa maison. Quelques mots, un caillou lancé aux chiens, et nous voilà sortis d’affaire et invités à venir manger quelque chose au chaud.
Quand nous quittions Beijing, un pincement au cœur nous tenait. Ca y était, cette Chine qui avait été notre lieu de vie pendant presque 4 mois serait bientôt derrière nous ; nos coups de pédales nous menaient vers la Mongolie où l’inconnu nous effrayait quelque peu. Après deux jours de vélo et pourtant à encore plus de 500 km du pays des steppes, nous la sentions approcher. Nous pédalions dur dans ces montagnes sous les encouragements des chinois que nous dépassions , hôtes de cette grande muraille de Chine. Elle file au loin derrière montagnes et collines dans un méli-mélo incompréhensible jouant avec les crêtes. Elle est belle cette muraille. Ses pierres jouent avec la topographie, si bien que s’y promener devient parfois presque une partie d’escalade. Mais plus loin, là où le touriste ne va pas, la muraille se dégrade, les pierres tombent, la nature reprend ses droits. C’est la partie non restaurée, tout aussi belle de l’histoire qu’elle porte que de ses usures du temps. Cette muraille nous faisait l’effet d’une frontière ; derrière, la Chine nous semblait terminée. De la poussière, beaucoup de poussière ; les paysages étaient plus arides, les montagnes désertes, et la neige qui les recouvrait donnait une impression de hauts sommets. A peine quelques jours plus tard, nous découvrions ce qui accompagne chaque printemps de la région : le vent de Sibérie qui nous faisait par la même occasion goûter aux sables du désert de Gobi. Les drapeaux flottaient au vent et les sacs plastiques trainant ça et là s’envolaient. Nous nous sommes équipés en conséquence pour nous protéger le visage de cette poussière noire qui se dépose un peu partout ; de ce vent qui assèche la gorge. Pédaler devenait difficile, et nous n’allions pas plus vite en descente qu’en montée ; avec un tel vent, nous ne pourrions pas atteindre la frontière mongole avant la fin de nos visas chinois.
Premier arrêt.


Dans la petite maison de Souol, tout le monde s’affaire à ses occupations. Erdene, la jeune mère, nous fait découvrir l’album de famille pendant que Coël-Argta, le grand-père surveille les enfants. A chacune de leur bêtise, il les prévient que si ça continue il va se fâcher. Alors, il amène sa main vers sa bouche, fait semblant de cracher dessus et tape son autre main, l’air de dire « fait attention ». Nous faisons ensuite quelques jeux dans des magazines en surveillant Irina la plus petites mais Uyanga se détache de sa timidité et commence à venir vers nous. S’en suit rapidement une partie de basket miniature dans le salon.
Ces trois derniers jours ont été épuisants. Pour contrer le vent, nous sommes arrivés en Mongolie en train et avons décidé de partir vers la frontière chinoise à vélo pour tout de même traverser le désert de Gobi.

Nous sommes tous les deux à bout. Fatigués aussi bien physiquement que mentalement. Nous crions notre désespoir à ce désert. Les larmes coulent. Quand il n’y a personne pour vous entendre, on se laisse plus facilement aller … Trois derniers jours où l’on s’arrête à chaque instant pour ramasser quelque chose qui est tombé de notre sac : les chaos de la piste ont raison de nos petits sacs plastiques qui se déchiquettent ; trois derniers jours où l’on pose pied à terre à chaque banc de sable ; trois derniers jours où l’on découvre avec plus d’accablement une nouvelle crevaison. Ce sont ces crevaisons qui amèneront la fin de notre aventure sur les pistes du désert de Gobi : 40 crevaisons ces fameux derniers jours. Nous n’avons tout bonnement plus assez de matériel pour continuer.
Deuxième arrêt.


Plus tard dans la soirée, on nous annonce que c’est l’anniversaire d’Uyanga. Un gâteau acheté pour l’occasion est coupé en 3 parts égales et une dernière un peu plus grosse : une pour Laure, une pour Nicolas, une pour Uyanga et le reste pour le reste de la famille. Sous leur insistance, on ne se sent pas le cœur de refuser l’une des 2 parts. Et nous voilà partis à chanter un « joyeux anniversaire » en version anglaise avec toute la famille, Uyanga rouge de toute cette attention porté sur lui seul. Après la dégustation, le grand-père revient avec une bouteille de vodka mongole. 3 verres obligatoires pour « bien dormir ». On nous apprend à trinquer à la façon mongole, jetant les quelques goutes de vodka présentes sur le bout de l’annulaire à sa droite, sa gauche, puis droit devant soi, avant de s’apposer le doigt sur le front, et de boire d’une traite. Et arrivés au 3ème verre, 1 puis 2 puis 3 verres nous sont resservis. Erdene montre à Laure la bouteille d’eau pour faire passer.
Ce dernier arrêt définitif est dur à encaisser : il n’est que matériel. Malgré la fatigue et les moments difficiles que nous avons passés, nous gardons un merveilleux souvenir de ce périple dans le désert de Gobi. Les paysages qui défilent sous nos roues sont magnifiques. Loin des images que l’on peut avoir des déserts emplis de dunes de sable. Ce désert n’est qu’une vague étendue à perte de vue de débris de roches mêlés de sable. Le ciel bleu et le soleil éclatant qui nous accompagnent ne font que renforcer cette impression d’immensité. Cependant on avance et on sent que le paysage évolue, défile, malgré son infinie platitude. Au loin, des soupçons de collines ; un jour une montagne, que l’on aperçoit encore parfaitement 70 km plus loin. Comment garder une quelconque notion de quoi que ce soit dans cet environnement qui nous offre la vue a une centaine de kilomètres alentours, dans cet environnement qui offre la vue sur un infini de rien.

Il est grandement l’heure de se coucher. On dort tous ensemble, sur tapis ou matelas dans le salon. Et lorsque Nicolas se déshabille, Coël-Argta est stupéfait par quelque chose. Le tatouage qu’il a sur l’omoplate. Il le touche, le trace du doigt sur sa peau en marmonnant, en lui disant que c’est un tatouage mongol, et que c’est bien. Ce n’est pas un tatouage mongol, mais ca pourrait. Tout le monde est bien fatigué par cette soirée improvisée, on se couche.
Malgré nos grosses baisses de moral, nous retrouvons la force de partir le matin car chaque soir, nous faisons de magnifiques rencontres. Le froid qui accompagne chacune des nuits est bien connu des mongols. Ainsi la plupart des soirs les gens nous invitent à dormir chez eux. Nous testons la maison, l’appartement puis la yourte pour autant de soirées propres à elles-mêmes et inoubliables. De la soirée studieuse autour du dictionnaire à se poser des questions aux parties de baskets miniatures avec un petit garçon qui fêtait ce jour là son anniversaire. Nous découvrons chaque soir un nouvel album de famille.

Des soirées inoubliables, mais qui peuvent parfois bien mal commencer.
Posted 1 year, 6 months ago at 13 h 23 min. 1 comment
On est déjà passés par ici. Les mêmes paysages et certainement les mêmes figures qui les peuplent bien qu’on ne puisse les distinguer clairement, ces figures chinoises, derrière la vitre de notre wagon-couchettes. Les terres asséchées laissent progressivement place aux petites cultures de riz et de choux; les délices du quartier musulman de Xi’an qui hantent encore nos narines s’effaceront dans quelques heures à Yichang, ville sans charme particulier. Une journée de train en compagnie de ces deux jeunes légèrement empotés avec leur enfant de quelques mois. Ce dernier est roi. Le père, un petit rigolo qui oppose la corruption dans son pays à l’intégrité des politiques français, puis accorde à Nicolas, qui a émis quelques doutes, un peu de corruption pour la France contre beaucoup pour la Chine; et la mère, une mère sur qui tout repose. Laure se fait prendre au piège de jouer aux cartes avec un enfant d’une dizaine d’années, l’entrainant dans une interminable partie qu’elle finit par gagner.

Arrivés à Yichang, un seul objectif: nous acheter des vélos pour rallier Beijing. Nous en avions repéré dans une grande surface lors de notre premier passage dans la ville avec les parents. Nous empruntons un autre chemin pour nous y rendre et tombons par hasard sur une petite boutique “Giant” avec à l’intérieur exactement ce que nous cherchions. Pas trop chers, on négocie les accessoires, on s’en va, et on revient en fin d’après-midi pour acheter, après que Nicolas a inspecté les vélos dans le moindre détail.

13h30 le lendemain, nous quittons cette petite ville chinoise de 2 millions d’habitants - après un bon bol de nouilles (du 2ème resto, le premier nous ayant mis à la porte sans que l’on comprenne pourquoi) - sur nos fières montures à deux roues, sacs à dos sur le porte-bagage. Ce qu’ils défilent les kilomètres avec ce nouveau mode de transport. En route pour Zhengzhou, près du Fleuve Jaune, où nous attend une rencontre. 43 km, 75 km, 91 km, les journées rallongent et les jambes s’habituent. Laure peste contre les premières zones montagneuses que nous traversons avant de descendre dans la vallée du Fleuve Jaune, après quelques centaines de kilomètres.

Même si les rencontres et l’amabilité des gens ne sont pas toujours au rendez-vous, certaines d’entre elles effacent toutes les autres. Nous arrivons ainsi, un soir, dans la petite ville de Wudianzhen, après qu’un petit vieux a envoyé paître Nicolas, tandis que sa femme protégeait leur petite-fille. Il leur demandait pourtant seulement à combien de kilomètres se trouvait le prochain hôtel.
Dans cette ville, deux jeunes femmes nous prennent en charge et nous font vadrouiller d’hôtels en hôtels - tous complets ou fermés - pour finalement nous emmener sur leur lieu de travail, le petit hôpital de la ville - où elles effectuent leur internat - pour que nous y déposions sacs et vélos. Les deux occidentaux que nous sommes créent l’animation dans ce petit hôpital de campagne en rien comparable à nos hôpitaux français. Un couloir ouvert sur l’extérieur par ses deux extrémités où nous engouffrons nos vélos boueux jusque dans la salle de repos. Des chambres ouvertes et de la vie dans le couloir. On papote, on se ballade, et pas de tristesse sur les visages. A 50 m de là se trouve le petit appartement des parents d’une des filles où nous nous régalons de Daojiao, contre quelques tartines de foie gras que nous leur faisons gouter. Pas de désordre dans ce petit appartement chinois. Télé, canapé, table, tabourets, et un petit meuble pour ranger les chaussures. Rien ne dépasse. Petit, mais du coup très spacieux. De retour à l’hôpital, Ljyu nous fait ressortir sacs et vélos avant de passer un coup de fil. Deux rues plus loin, nous nous arrêtons devant les portes enchainées de ce qui semble avoir été, il y a un certain temps, un bel hôtel. Un homme arrive pour nous ouvrir et nous conduit dans une chambre avant de nous apprendre que nous n’aurons pas à payer pour la nuit. Nous dormons donc seuls dans un hôtel fermé. Ljyu revient nous chercher le lendemain matin vers 7h pour nous emmener prendre un petit déjeuner à la caféteria de l’hôpital. Un bol de nouilles en soupe faites juste sous nos yeux. Elle n’aime pas ça, mais c’est ce qu’on mange ici le matin.

Au bout de 10 jours, Zhengzhou est en vue à la nuit tombante. S’en suivent 12 jours d’une pause interminable à jongler entre rencontre annulée à la dernière minute et absurdités de la bureaucratie chinoise plaçant Laure en situation irrégulière l’espace de quelques heures, faute d’avoir pu effectuer notre deuxième extension de visas à temps. Nous repartons de cette ville géante en plein développement le 15 Mars, en récupérant finalement le passeport de Laure. Nous sommes donc autorisés à rester en Chine jusqu’au 7 Avril.

Pour remonter jusqu’à Beijing, nous nous sommes fixés un itinéraire : rallier le Fleuve Jaune et suivre son cours jusqu’à l’entrée du Grand Canal, qui nous emmènera presque tout droit jusqu’à la capitale chinoise. Il est imposant le Fleuve Jaune, majestueux dans ses proportions et les aménagements de digues réalisés à plusieurs kilomètres de son lit mineur afin de contrer ses crues redoutables.

Nous y sommes à présent dans cette Chine industrielle. Des plaines à perte de vue, et un vent redoutable le long de cette vallée fluviale. Ce vent, il nous a fait faire nos plus petites et plus grosses journées. 26 km pour la plus petite, et le vélo de Nicolas qui s’envole et fait un tonneau en l’air à un mètre du sol avant de retomber trois mètres plus loin, malgré les 30 kg sur le porte-bagage. 134 km pour la plus grande, et un vent dans le dos du début à la fin. Le Grand Canal, nous l’avons remonté sur les quelque 700 km qui séparent le Fleuve Jaune de Beijing, mais nous n’en avons pas vu grand chose. Traversé trois fois, et longé de près une fois, nous n’avons vu qu’un canal chinois classique. Eau pas très ragoutante et ordures parsemées sur ses berges.

Aujourd’hui, nous devrions arriver à Beijing. Les deux petites grand-mères de l’arrière-cour du routier où nous avons passé la nuit aidant Laure à faire son sac et lui mettant la capuche sur la tête, pendant que le grand-père rondouillard au sourire quelque peu édenté nous ouvre la petite porte dessinée dans le portail, sous l’aboiement des deux chiens attachés là. Ils gueulaient à notre arrivée, pas contents nous voir venir, et maintenant, ils geulent à notre départ. Pas content de nous voir partir?

Il y a beaucoup de vent aujourd’hui, et nous peinons à avancer. En milieu d’après-midi, nous atteignons la 6ème Ring Road, 6ème périphérique de la capitale, qui marque comme la limite actuelle de l’extension de la ville. Ces derniers coups de pédale à l’entrée de Beijing signifient la fin de nos gueulantes à répétition contre les chauffards chinois, mais aussi de coups de pieds dans les portières et pare-chocs pour ne pas se faire écraser. Nicolas manque quand même de se faire renverser par deux voitures. La première dans un passage souterrain pour vélos où elle n’avait rien à faire, et la deuxième, une voiture de police coupant un virage à toute allure. La route s’élargit et les buildings poussent, puis tout à coup, plus de buildings mais des blocs larges et bas, une piste cyclable de 10m de large, et du vide, des milliers de mètres carrés vides en plein cœur de la capitale. A gauche la Place Tiananmen, histoire moderne de la Chine, à droite, la Cité Interdite et son histoire ancienne, et joignant les deux, le portrait de Mao.

On n’y accordait pas d’importance particulière à cette place. Mais le fait d’y arriver comme ça, à coups de pédales, marque la fin d’une étape qu’on ne pensait pas aussi importante. Nous piquons la vedette à Mao, omniprésent dans cette démocratie particulière (statues, billets, pièces, documentaires de propagande à tout va), l’espace de quelques minutes, tous les chinois venant se faire prendre en photo à côté de nos vélos. Il est difficile à exprimer le sentiment que nous ressentons sur cette place. Le voyage n’est pas fini, mais on y est arrivés. En allant en Inde et au Népal, nous savions à peu près ce que nous allions voir, les paysages, les gens, mais la Chine était le grand inconnu. Plus de trois mois que nous vivons dans ce pays, à le traverser à pied et à vélo, tous les jours sur la route, en compagnie de gens contre qui on peste parfois et d’autres avec qui on aimerait bien rester plus longtemps.
L’arrivée à Beijing marque presque la fin de la Chine alors qu’il nous reste encore 3 semaines à passer dans ce pays. C’est peut-être ça ce sentiment, celui d’aller là où beaucoup de chinois aimeraient venir, ceux dont les yeux s’illuminaient lorsqu’on leur disait qu’on montait sur la capitale. Peut-être qu’en arrivant sur cette place, nous transportions avec nous le rêve de quelques autres de fouler ces pavés chargés d’histoire.

Posted 1 year, 9 months ago at 15 h 25 min. 1 comment
Les joues rougies, Daniel se lève sous les applaudissements. Cela surprend toujours un peu de se voir souhaiter son anniversaire devant 70 personnes 2 semaines avant l’heure ! Déjà 2 jours que nous sommes à bord de cette croisière de luxe en compagnie de nos parents. La bateau filant sur le Yangtse nous offre confort et luxe bien inconnus du reste de notre voyage … Plus de personnel que de clients, on nous pose notre serviette sur les jambes à notre arrivée à table et nous annonce des “Please enjoy” à chaque plat apporté, malgré toute la peine que les serveuses ont à faire tenir les quelque 15 assiettes sur la table. Chaque matin, on viagrarait se croire en France. Tout autour de la table: pain, beurre et confiture. Le bonheur de Laure. Nous traversons ainsi en quelques jours les Trois Gorges , qui mises bout à bout, vous enferment dans 200 km de paysages spectaculaires, entourés de bancs calcaires. A présent plus connu pour le barrage du même nom que pour leurs trésors historiques et géologiques, la traversée des Gorges fait ressentir les conséquences de la montée des eaux du barrage. Villes neuves, collines devenues îles, et villages fantômes que nous croisons ça et là, tombant doucement en ruines.

Dans ce grand luxe nous n’avons pas notre place, ni nos parents, mais nous sommes tous ensemble et c’est bien ce qui nous importe. Nos 3 cabines en fond de couloir se sont transformées en grand appartement aux portes ouvertes où l’on prend le thé (ou café selon les goûts) du côté des Mabileau qui détiennent la précieuse réserve. Les sorties, bien qu’organisées, relèvent de beaucoup d’attention : Claude parti à la recherche de LA photo parfaite, suivi de près par Nicolas qui teste son nouvel objectif, Martine auprès du guide, le questionnant à tout va, Daniel qui ne veut rien louper s’échappe du peloton pour voir les recoins et Laure, toujours en compagnie de Jeannine qui “reste avec sa fille”, joue les traductrices tout en gardant un œil sur tout le monde. On est tous ensemble, mais ce furent des retrouvailles bien compliquées. Celles-ci ont eu lieu à Chongqing, grande mégalopole chinoise où les buildings de 50 à 100 étages envahissent les collines constituant la ville. Le passage d’un quartier à l’autre se fait par l’intermédiaire de tunnels, d’échangeurs gigantesques, ou parfois les 2, l’échangeur venant se creuser dans une colline. Après tout, pourquoi contourner quand on peut aller tout droit ? Il parait même que certaines d’entre elles ont tout bonnement disparu de la carte, terrassées par les bulldozers, pour faciliter la construction de nouveaux complexes. Train T9 en provenance de Beijing, arrivée 16h04. Arrivés un peu en avance, nous finissons par comprendre la ligne d’idéogrammes côtoyant l’affichage du train. 3 heures de retard. Nous qui nous étions pressés pour surtout ne pas les manquer. Nous avons donc passé 4 heures devant des grilles qui s’ouvrent au compte-goutte à chaque arrivée de train, commençant à nous inquiéter lorsque, leur train à quai, nous ne les apercevons toujours pas. Et pour cause, nouvel an chinois oblige, ils n’ont pas pu trouver le bon nombre de billets de train à temps, et ont dû se rabattre sur l’avion. Les retrouvailles à l’hôtel lancées par un bonjour de Laure, 2eme point de chute “au cas où” ,se sont faites à grand coup de cris et embrassades, marquant le départ d’une semaine de bonheur.

Dernière soirée de la croisière. Les sorties sur le pont supérieur permettent de humer vapeurs et gaz d’échappements de notre bateau, ainsi que des 5 autres qui nous accompagnent pour la traversée des 5 écluses qui nous emmènent de l’autre côté du barrage.

Nous le découvrons de nuit, tel une longue ligne au bord du fleuve, marquant nettement une frontière entre le ciel et l’eau du Yangtse, très cher à la Chine. En effet, cet immense construction a été envisagée depuis les années 60, en vue de fournir 10% des besoins électriques de la Chine. Nous redécouvrons l’ouvrage de jour, lors de la visite conduite par Max, un bon citoyen chinois nous apprenant ô combien son cher gouvernement est bon. Sa ville, submergée lors de la montée des eaux, a été reconstruite un peu plus haut. Mais le gouvernement chinois, dans sa haute bienveillance, lui a ainsi offert un appartement de 90m2 contre les 30 dans sa ville engloutie. Max oublie ainsi d’aborder tous les grands sujets. Déplacement des populations, instabilités de terrain due à la pression de l’eau, et tant d’autres. Quand il commence à nous parler du cas particulier des fermiers, ce n’est pas pour nous apprendre qu’ils se sont vu offrir à défaut de leur terres fertiles de fond de vallée des terrains dans les collines où la culture est impossible - le sol étant fixé par les arbres que les paysans doivent couper, entrainant ainsi à court terme des glissements de terrain - mais pour nous lister les différentes cultures chinoises.

Notre arrivée à Yichang, ville bordant le barrage, est marquée par l’explosion du rouleau de 2000 pétards achetés 1 semaine auparavant pour fêter en grandes pompes et à la mode chinoise nos 2000 km de marche. Yichang, train couchette où Daniel comme à son habitude passe son temps au bord des fenêtres pour ne rien louper du paysage. Nous arrivons à Xi’an au petit matin, et direction l’armée de Terre Cuite. Nous découvrons ces soldats de taille humaine dans ce qui est encore un chantier de fouille archéologique. Les 6000 statues annoncées ne sont en fait que l’estimation finale au terme des recherches.

Nous préférons aux statues les nombreux étals et délices culinaires du quartier musulman. Se promener dans ces petites rues - où se mélangent cultures chinoise et musulmane venue directement par la route de la soie - est un véritable délice.
L’heure du départ sonne déjà, et nous réussissons sans trop de difficulté à nous introduire dans la gare sans billets pour accompagner nos parents. Au programme, larmes pour les unes, et embrassades pour les autres. Vacances terminées, retour à l’aventure.




Posted 1 year, 9 months ago at 20 h 23 min. Add a comment
Il est déjà 18h. Il nous faut absolument trouver un campement pour la nuit ! Pas toujours facile d’en trouver un, même dans la campagne, car rares sont les coins plats inhabités. Nous sommes sur une petite route de montagne depuis le début de l’après midi qui monte indéfiniment ! Nous avons déjà huit heures de marche dans les jambes. La fatigue se fait sentir. Nous décidons donc de faire du stop jusqu’au sommet. Un petit tricycle motorisé nous prend et nous lui faisons signe de s’arrêter un peu plus loin ! Nous installons notre campement en toute hâte sur un petit chemin de terre abandonné, juste avant que la nuit ne soit complètement tombée.
A 8h du matin le campement démonté, nous dégustons notre traditionnel plat de pâtes au lait avant de partir. C’est alors qu’une procession de chinois arrive et nous presse d’accepter leur invitation à déjeuner. Nous reconnaissons le conducteur d’hier. Les ventres pleins n’en n’ont jamais assez. Il nous faut donc peu de temps pour accepter et nous retrouver assis autour du feu dans la pièce principale de l’habitation. Ils sont cinq autour de nous mais aucun ne parle anglais. C’est donc à l’aide de cartes, de dessins et de mimes que nous leur expliquons notre voyage. Ils ont l’air si heureux de pouvoir nous accueillir dans leur maison de bois ! D’abord séance photos, qu’est ce qu’ils aiment ça les chinois !

En attendant le repas, ils nous proposent le déroulement de la journée : repas, randonnée avec visite guidée d’un micro barrage, petit tour en tyrolienne à 300 m au dessus d’une vallée, puis de nouveau repas avec ce beau morceau de viande au dessus du feu, et enfin petit somme. Ils nous regardent très attentivement attendant avec impatience le signe de notre accord ! Après un excellent repas, nous voila partis pour la randonnée guidée ! Notre programme attendra deux jours. Nous commençons par remonter une rivière jusqu’au micro-barrage.


En dessous du barrage, nous observons les turbines et le générateur. En suivant les canaux nous ne tardons pas à arriver à la tyrolienne. Tout le monde y va, même les demoiselles un peu moins rassurées. Une fois de l’autre côté, une partie du groupe retourne vers la maison. Pour nous, la ballade n’est pas terminée. Maintenant il faut suivre les gros canaux qui descendent toute la vallée vers la centrale hydroélectrique. Nous suivons sans poser de question et profitons de ce petit tour dans la montagne. Cette fois, il faut traverser un précipice en équilibre sur le canal ! Je ne suis pas très à mes aises et me cramponne donc aux câbles. Sur l’autre rive des ouvriers réparent une fuite dans la paroi rocheuse où passe le canal. Nos hôtes sont fiers de faire les présentations et enchantés, ils nous offrent leurs victuailles ! Nous voilà gênés mais impossible de refuser. Après plusieurs heures de descente la silhouette de la centrale apparaît.

C’est bien là que nous étions passés hier. Et maintenant on fait quoi ! Si vous n’êtes pas trop fatigués on remonte toutes les marches qui longent les canaux ! Combien de marches… peut-être 1000 ! Incroyable, arrivé en haut tout le monde est exténué.

Le soir, après dégustation d’un repas de fête, le gouverneur du village vient nous rendre visite. Ils sont tous très heureux que nous soyons ici. Au moment d’aller nous coucher la petite demoiselle de 9 ans me propose de venir dormir avec elle. J’accepte son invitation et nous nous retrouvons toutes les deux têtes bèches dans son lit, comme le veut la tradition chinoise.
Le lendemain matin, il est temps de continuer notre route. Lorsque nos hôtes comprennent que nous partons vraiment, une légère déception se fait sentir. Le plein de recommandations fait, nous nous engageons sur le sentier.

Posted 1 year, 9 months ago at 20 h 08 min. Add a comment
Hier avait mal commencé. Après une mauvaise nuit pluvieuse sous une tente qui s’évertue à nous mouiller de l’intérieur, j’enfilais mes vêtements froids et humides. Nous commencions à ranger nos affaires, mentalement prêts à marcher sous un temps humide, lorsque Mathilde jura en déchirant la tente. Vraiment grise cette journée. Nous avions campé, caché dans une forêt à l’entrée d’une petite ville, en prévoyant d’aller sur Internet le lendemain matin. Nos bagages pliés, nous entrons dans cette ville à la recherche d’un cyber café toujours caché dans l’arrière boutique d’une échoppe au nom qui n’en dit pas long. Après 20 minutes de recherche nous dénichons enfin le cyber de nos rêves. Depuis notre entrée en ville, nous sommes suivis par une dizaine de curieux, surpris de voir deux européens crottés arriver en marchant dans leur bled.

En Chine nous nous cachons pour camper. Non pas pour éviter la police - bien que le camping soit théoriquement interdit en Chine - mais plutôt pour nous soustraire à l’attention bienfaisante des chinois. En ville nous n’y coupons pas. Chaque entrée dans un village est un théâtre dont nous sommes les acteurs. Quelques dizaines, puis centaines, d’yeux se braquent sur nous d’un air étonné, les plus hardis nous suivent, puis escortés de cette petite troupe, nous nous rendons tantôt dans un magasin tantôt dans un restaurant. Ensuite, immanquablement, une jeune étudiante vient nous voir pour nous demander en mauvais anglais si nous avons besoin d’aide et la destination de notre voyage. Toujours pétrie de bonne volonté cet accueil devient parfois oppressant. Il y a des matins où l’on souhaiterait rester anonyme parmi d’autres, sans devoir faire un sourire crispé pour laisser une bonne impression. Ce matin là est particulièrement difficile.
Agressé par un homme qui souhaite absolument nous aider alors que nous n’avons besoin de rien, je sens l’énervement monter. J’aspirais à lire mes mails tranquillement au lieu de quoi je dois me forcer à sourire à cet homme qui me presse de questions en chinois tout en me crachant la fumée de sa cigarette sur la figure. A côté de nous, des enfants jouent à Counter strike et hurlent dans nos oreilles. Les chiottes sont immondes. Tout me semble dégelasse et les chinois, vulgaires, crachent partout en parlant fort au téléphone sans aucune règle de bienséance. Dégoutés de cette ville, nous abrégeons notre séance internet et abandonnons l’idée d’un restaurant pour des doums, des brochettes de patates et des beignets aux haricots que nous mangerons en marchant. Suivis par une troupe d’enfants qui s’amusent à nous rattraper en courant, nous sortons de la ville avec une piètre opinion des bonnes manières chinoises. Ainsi avait commencé la journée.

Nous empruntons maintenant une petite route qui n’est pas sur notre carte. En quittant l’itinéraire principal nous espérons trouver un chemin de traverse qui nous mènera vers le Hubei, la province au nord du Hunan dans lequel nous avons commencé notre périple. De plus en plus sinueuse, la route nous fait grimper les montagnes et c’est presque arrivé au sommet que nous subissons, sans heurt, notre premier contrôle de police. Vers 17h, la nuit approchant, nous cherchons un emplacement pour notre tente qui réponde toujours aux mêmes critères. Hors de vue des habitations, plat, pas trop boueux et, idéalement, proche d’un point d’eau pour faire la vaisselle, la lessive et une micro douche. Fatigués, nous décidons de nous installer au beau milieu d’un ancien champ de maïs en utilisant les résidus de récolte pour nous isoler du sol.

Au moment de faire chauffer l’eau en bataillant avec le réchaud qui semble encrassé, nous avons la visite d’un couple de paysans, propriétaires des lieux. Intrigués par notre tente, ils nous proposent, par mimes, de nous héberger pour nous protéger du froid. Nous refusons une première fois cette invitation muette mais, lorsque le gentil couple repasse et réitère sa proposition, nous acceptons devant la perspective de dormir au chaud. A six sur leur tricycle à moteur, nous descendons finalement jusque dans la cour d’une petite ferme et nous sommes aussitôt invités à nous asseoir près du feu. La suite des évènements se répètera de nombreuses fois de façon toujours très chaleureuse au cours du mois. Bien que nous ne puissions parler la même langue, nous tentons d’expliquer notre périple à nos hôtes à l’aide de nos cartes. Une demie heure plus tard, nous dégustons une délicieuse poêlée de porc fumé avec du riz et du choux, puis on nous mène dans une chambre attenante, très simple, sans fenêtre dans laquelle devait sûrement dormir le fils aîné parti étudier en ville. A défaut d’être vraiment chaude - il n’y a pas de chauffage - cette nuit au sec dans un lit 2 places m’aura permis de sécher mon duvet. Nous reprenons notre route l’estomac plein et le cœur allégé par cette rencontre si simple et amicale. Inconsciemment, en nous accueillant dans leur bicoque noircie par la fumée, ces paysans nous ont réconciliés avec la culture chinoise.

Posted 1 year, 10 months ago at 19 h 17 min. Add a comment
Un grondement énorme. Des secousses.
L’angoisse nous prend. De ce qu’elle se souvient, Laure est déjà assise sur son lit lorsqu’elle reprend ses esprits. Un tremblement de terre. Montée d’adrénaline. Même si c’est la première fois, on comprend très vite ce qui se passe. Un grondement puissant dont on sait, par le bruit déchirant, qu’il vient de loin et qu’il peut faire mal. Les secousses. Il y a celles qui vous secouent de gauche à droite et celles qui vous soulèvent. Laure se persuade que “Tout va bien aller”. C’est pendant les plus grosses secousses que Nicolas se réveille, tentant vainement de s’asseoir dans son lit. Laure l’appelle, entend qu’il se réveille et lui annonce la nouvelle : “C’est un tremblement de terre”. Des mots qui vous ramènent instantanément à la réalité. Il lance des “Oh putain, oh putain !”. Laure sent que les plus grosses secousses passent. Tout va bien aller.
Qu’elles sont longues ces secondes … mais à la fois tout va si vite. Aucun réflexe de notre part. On a attendu que ça se passe, la peur au ventre.
Sortir. La tension redescend mais on s’affole tout de suite à la sortie. Laure est déjà prête, paniquée : il faut voir dehors si tout le monde va bien. Nicolas, lui déjà rassuré par ses rapides coup d’œil autour de lui - pas de fissures sur les murs et le plafond, les fenêtres sont toujours là- prend son temps en se rappelant immédiatement du séisme qui avait fait trembler le Sichuan en 2008. Dans un moment identique, ces quelques mêmes secondes, plus de 80 000 personnes avaient trouvé la mort. Quelques instants lourds de conséquences.
Laure a besoin de sortir, prendre l’air. Un mal de tête et une force la poussent à s’effondrer où elle peut : sous le choc. Nous sortons. Comme tous les chinois de la petite commune de Moxi. Toutes les lumières sont allumées, les gens dans la rue, toutes portes ouvertes. Ils parlent, regardent la télé, sont au téléphone. Une jeune fille du petit hôtel pleure doucement.

Ici, tout va bien. Ici, oui. Mais là-bas? Le séisme de 2008 hante nos esprits : on ne les compte plus les maisons en ruine qu’on a vues sur la route et les grands chantiers mêlant construction et reconstruction. C’est peut-être une catastrophe là-bas ! Nous sommes inquiets. Nous voyons défiler toutes les personnes que nous avons rencontrées sur la route : la famille tibétaine, les gens au bord du barrage, ‘la famille des clémentines’, et tant d’autres.
Manque d’information. A ce moment-là, et comme tout le monde, nous ne savons rien du séisme et n’apprendrons que le lendemain que nous étions à son épicentre. 5.2 sur l’échelle de Richter. Quelle est longue cette journée où nous voyons un défilé de voitures de police, de pompiers, 4×4 de chinois allant d’où nous venons, sans avoir plus d’informations. Nous apprenons donc qu’à 200 mètres à vol d’oiseau du petit hôtel où nous avons passé la nuit, des maisons se sont effondrées. Les vieilles bâtisses dispersées dans les champs n’ont pas aussi bien tenu le choc que les récentes constructions de la rue principale. Un mort. C’est si peu comparé à ce qui s’est passé ici même au Sichuan ou encore récemment à Haïti, mais c’est déjà trop.
Voir. Nous faisons demi-tour pour voir les conséquences de ce qu’on a vécu. Retour dans la chambre. Quelques idéogrammes dans le carnet et on nous montre le chemin - même les policiers devant qui nous prenons soin de passer -. Beaucoup de monde sur ce chemin, des chinois de la commune mais aussi une ribambelle de chinois armés de téléphones pour prendre “les photos du séisme”. Des tentes. D’un bleu foncé, elles se tiennent là, en camp, pour remplacer ce qui a été détruit. Certaines sont en train d’être montées par des militaires, d’autres ont déjà été “visitées” un bon nombre de fois, notamment celle où se tient le médecin. Des jeunes vêtus de rouge s’occupent des enfants. Ils jouent. Plus loin, ce qui reste d’une maison. Les ruines sont dans les mains d’une vingtaine de militaires qui abattent des pans de murs entiers à l’aide d’une corde devant des chinois - et deux français-, curieux. Ceux qui nous apparaissent comme les propriétaires de la maison s’affairent à vider les armoires, sans signe apparent d’émotion. Rapidement, un officier de police vient nous voir. Nous devrons nous faire enregistrer au poste quand nous retournerons à notre hôtel. Il revient quelques instants plus tard, en courant, accompagné par un de ses supérieurs. Tous les yeux sont rivés sur nous, et on nous raccompagne pour aller au commissariat “poser quelques questions”.

Confrontation. C’est un après-midi entier que nous passons au commissariat de police. Pas moins de 10 personnes mobilisées pour nous et 3 appelées en renfort. On est un peu mal à l’aise quand on sait qu’ils seraient bien plus utiles ailleurs ! Différentes personnes viennent, regardent nos papiers, cherchent dans leurs fichiers. Peu d’entre eux parlent anglais et leur anglais est souvent très limité. Changement de bureau. Dans celui du supérieur. Son air est grave mais une jeune femme nous a dit de ne pas nous inquiéter. On doit attendre. Trois personnes arrivent de la grosse ville voisine pour nous interroger. Pendant ce temps-là, on commence à causer comme on peut et les policiers nous apparaissent comme beaucoup plus sympathiques une fois qu’ils ont “passé l’affaire”. Ils nous expliquent qu’ils n’ont pas dormi depuis 24h, réquisition.
Trois personnes arrivent. Un homme venant des affaires étrangères, une haute responsable de la Police Publique de Suining, et un soit disant traducteur. Un soit disant traducteur car tout de suite les deux premières personnes commencent à nous parler dans un anglais parfait. Le premier a l’air sympa et nous explique que nous sommes ici par mesure de sécurité. Les photos que nous avons prises ne doivent en aucun cas être publiées sur Internet, etc. ” pour la sécurité du pays” - rien que ça-. La deuxième, elle, nous fait peur. Raide comme un balai, elle parle fort et méchamment à toutes les autres et regarde minutieusement tous nos papiers cherchant en vain une faille. Le troisième nous parle plus tard et joue au copain copain avec nous. Il essaie par tous les moyens de voir nos photos et d’en savoir un maximum sur la raison de notre présence ici, notre voyage. On les lui montre. Une maison en train d’être abattue, des tentes bleues, rien de plus. Normal après un séisme. Rien qui pourrait compromettre “l’image de la Chine”. Après bien une heure, on nous explique qu’on ne peut pas rester ici : pour notre sécurité. Pourtant on n’a jamais été aussi en sécurité qu’ici, depuis le séisme, où les policiers et pompiers sont venus doubler la population de la commune. Ce qui pourrait nous arriver, c’est seulement d’être écrasés par une de leurs voitures qui foncent toujours pour le moindre de leur déplacement. On est partis, accompagnés jusque dans notre chambre d’hôtel qu’ils fouilleront après notre départ. Les 10 yuans laissés discrètement - la moitié du prix de la chambre- nous sont rendus. Pas besoin. Ils nous ramènent dans leur ville, tellement plus sûre, jusque dans notre chambre d’hôtel. Le lendemain, deux autres policiers, apparemment pas au courant que deux de leurs collègues (ou trois, le soit disant interprète ayant passé le trajet à continuer de nous questionner sur la banquette arrière) nous avaient amenés la veille, viennent nous poser leur lot de questions, et sont rassurés quand on leur annonce que l’on s’en va.

Après cette expérience, nous devenons un peu paranos : Laure, à chaque grondement qu’elle entend et Nicolas, à chaque personne douteuse qui commence à nous suivre. Malgré tout ça, on est attaché au Sichuan et à cette petite commune de Moxi. Beaucoup de souvenirs malgré tous “ces arrêts police” : des gens qui s’arrêtent sur la route et qui nous proposent de monter en voiture - ils vont là où l’on va, peu importe s’ils viennent de là ou non -, après ces premières voitures, c’est souvent une voiture de police qui arrive. De l’une d’elles sortent trois policiers et une jeune femme parlant anglais : ils viennent pour nous ceux-là ! On a même eu droit, plus tard, a un accident de voiture alors qu’un policier nous emmenait dans un hôtel “autorisé” en voiture civile dans la ville de Chongqing. L’homme qui nous a percutés a ri jaune quand il a vu le policier en uniforme sortir de la voiture, comprenant instantanément que les frais de réparation seraient pour lui.
Le Sichuan, c’est beau et grand; c’ est interdit par moments et autorisé à d’autres; c’est rempli de policiers qui n’ont pas cessé de nous épier sur la route, de nous proposer leur aide pour nous transporter jusqu’à notre étape du soir, et surtout de nous faire perdre beaucoup de temps à contrôler nos papiers quand on sait à quel point le temps est précieux et que les kilomètres défilent lentement lorsque l’on marche.
Oui, mais voilà, on l’aime ce Sichuan, et on l’aime cette petite ville de Moxi et ses habitants, qui après nous avoir vu arriver dans leur ville , à la nuit tombée, une voiture de police faisant des aller-retour entre nous et un possible hôtel, passant au pas devant le petit restaurant où l’on nous a offert le repas du soir, nous ont vu repartir cette fois-ci à l’intérieur de l’une d’elles.
Posted 1 year, 10 months ago at 15 h 52 min. 1 comment
De novembre à décembre nous n’avons pas bougé. Difficile choix pour des gens qui voulaient visiter la Mongolie de long en large. Nous avons pourtant choisi de s’intégrer dans la vie de la plus grande des petites villes du grand Est mongol. Choibalsan est une ville construite sur le modèle soviétique, fonctionnelle et sans charme. Ici les températures remontent rarement au dessus de -15 °C à cette saison. Hormis un musée sur les engins de guerre il n’y a rien à voir dans cette ville très peu touristique, reliée à la capitale par 15 heures de bus. Qu’à cela ne tienne, nous ne sommes pas là pour faire du tourisme. Durant un mois, nous avons travaillé pour une association qui milite pour le respect des droits des femmes. Alternant entre un orphelinat qui accueille 26 enfants et le centre de formation dans lequel nous donnons des cours d’informatique et d’anglais très basiques, nous avons peu de temps pour s’ennuyer. Nous sommes ici en tant que stagiaire et Budgin, la directrice de l’organisation s’occupe de nous remplir notre emploi du temps. Nos élèves sont des femmes de tout âge qui souhaitent se former en attendant de trouver du travail. Malheureusement ce que nous proposons ne leur est pas très utile dans le contexte économique morose de la Mongolie. La plupart de ces femmes n’ayant pas eu la chance de suivre une scolarité, écrivent très peu le mongol, et l’anglais n’est pas un aspect des plus important dans leur formation.

Notre présence à l’orphelinat nous semble plus utile bien que notre travail y soit beaucoup plus simple. Une seule adulte est présente dans ce grand bâtiment qui accueille près de trente enfants de 3 à 19 ans. La discipline, très stricte, permet de garder un semblant d’ordre mais l’absence de personne proche des enfants se fait ressentir, particulièrement chez les plus jeunes. Nous apportons un peu d’affection en organisant des jeux et des activités manuelles. Rien de durable, mais une petite goutte d’amour pour ces enfants au grand cœur qui ont 30 frères et sœurs mais aucun parent. Après avoir passé Noël avec eux, il est temps pour nous de nous diriger vers la Chine, pays au climat plus doux ou nous pourrons marcher.

Posted 1 year, 10 months ago at 15 h 41 min. Add a comment
En Mongolie, l’agriculture représente 30% du secteur économique alors que le pays possède moins de 1% de terres arables pour une superficie de 1,6 million de km2. De fait, aujourd’hui l’élevage occupe 80% de la production agricole, le reste étant principalement des cultures permanentes de blé et d’orge. Les limites à l’extension du secteur agricole s’explique principalement par le climat continental extrême (hiver long et très rude, été court, précipitations très faibles). Dans cet environnement la production de légumes est une culture marginale.

C’est pourtant cette dernière production que nous sommes allés découvrir à l’Est de la Mongolie dans la province du Dornod. Nous y avons fait la connaissance du projet des jardins familiaux de Choibalsan. Le principe de ces jardins, mis en place par l’association angevine Naadami, est de subvenir aux besoins de familles démunies tout en leur assurant un revenu minimum grâce à la culture de légumes diversifiés. Intéressés par cette démarche, nous sommes allés à la rencontre des responsables des deux jardins de Choibalsan. Pendant un de nos entretiens, nous apprenons que deux parcelles, respectivement de 1,5 et 2 Ha, sont cultivées par une trentaine de familles et leur assurent 30% d’un revenu normal. Pommes de terre, tomates, carottes, navets, betteraves, courgettes, courges, et haricot, témoignent d’une diversité tant botanique que culinaire. L’association angevine à l’initiative de ce projet fournie la majorité des semences, le reste provenant du marché local ou de la récolte précédente. Par ailleurs on nous explique que le climat et l’absence de serre imposent une très courte période de culture allant de mai à septembre. Le système d’irrigation est des plus simples puisqu’il s’agit de puits localisés aux alentours des champs. Ainsi contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’eau n’est pas un facteur limitant à la culture des légumes. Ces champs « biologiques » ne subissent qu’un apport de fumier et le désherbage est réalisé à la main. Dans cette région pauvre, l’agriculture est très peu mécanisée et c’est à l’aide de pelles et de râteaux que les champs sont cultivés. Un des agriculteurs interrogé nous précise qu’une partie des légumes récoltés est vendue sur le marché tandis que l’autre partie est conservée par les familles. Nous avons eu d’ailleurs l’opportunité de goûter des excellentes conserves qu’ils font pour l’hiver.
En définitive, malgré les contraintes climatiques fortes de cette région, cette initiative prouve qu’il est possible de créer des filières courtes permettant de soutenir de nombreuses familles en difficultés financières et de compléter leur régime alimentaire pauvre en légumes.
Posted 1 year, 11 months ago at 15 h 55 min. Add a comment